Libérez Saadia Mosbah! Une humanitaire de 66 ans arbitrairement détenue en Tunisie
Saadia Mosbah est une humanitaire tunisienne et une figure majeure de la lutte pour la justice raciale, l’égalité, la lutte contre les discriminations, les droits des migrants et des communautés noires en Tunisie. Agissez pour exiger sa libération.
Le travail de Saadia dans le contexte tunisien
Saadia Mosbah est une humanitaire tunisienne et une militante de premier plan, largement reconnue pour son engagement indéfectible en faveur de la justice raciale, de l’égalité, de la lutte contre les discriminations, des droits des migrants et des droits des communautés noires en Tunisie. En 2013, elle a fondé et codirige aujourd’hui l’association Mnemty, qui œuvre contre les injustices raciales, soutient les victimes de discrimination et de violences raciales, et promeut un discours public inclusif et respectueux de la dignité humaine. Elle demeure profondément engagée dans la lutte contre les injustices raciales et dans la défense des droits des personnes en mouvement en Tunisie et au-delà.
À la suite d’une campagne haineuse et raciste menée par le président tunisien Kais Saied en février 2023 — marquée par une rhétorique visant à « protéger la composition démographique des Tunisiens contre une invasion africaine », des appels à l’expatriation et des accusations de « complot derrière la présence de migrants africains en Tunisie », un discours plaçant la Tunisie en dehors de son contexte géographique et historique — une vaste vague de répression s’est déclenchée. Les groupes racistes déjà existants sont devenus plus actifs et ont étendu leurs activités et leurs effectifs. Mnemty a joué un rôle important, aux côtés d’autres organisations de la société civile, pour combattre les discours discriminatoires ainsi que les violences infligées aux migrants noirs. L’association a agi en solidarité avec les personnes déplacées et vulnérables et a appelé à l’application de la loi n°50 criminalisant la discrimination.
Arrestation et condamnation
Le 7 mai 2024, les autorités tunisiennes ont fait irruption au domicile de Saadia et l’ont arrêtée dans le cadre d’une enquête judiciaire visant l’association Mnemty en tant que structure ainsi que ses membres, en particulier au sujet de ses financements liés aux activités de soutien aux personnes en mouvement et de lutte contre la discrimination raciale.
Le même jour, les forces de l’ordre ont perquisitionné les locaux de l’association ainsi que le domicile de Mme Mosbah à Tunis. Saadia a été placée en détention provisoire à la prison pour femmes de La Manouba. Plusieurs membres de l’association ont également été convoqués, interrogés, soumis à des interdictions de voyager puis poursuivis, dans les jours et semaines suivants, sur la base d’accusations financières infondées, sans toutefois être détenus.
Dans les mois qui ont suivi son arrestation, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis a prolongé à plusieurs reprises sa détention provisoire. Le 22 décembre 2025, son procès s’est ouvert devant la chambre criminelle du même tribunal, aux côtés d’autres membres de l’association Mnemty.
En mars 2025, un expert financier désigné par le tribunal, qui avait passé plus d’un an à enquêter et à recueillir des documents et des preuves auprès des membres de Mnemty, a conclu dans son rapport que les financements de l’association étaient légaux, transparents et d’ampleur budgétaire limitée, contredisant directement les accusations de blanchiment d’argent portées contre Mme Mosbah et les autres membres. À la lumière de ces conclusions, sa détention a été largement dénoncée comme arbitraire.
Au-delà de cette absence de preuves, l’arrestation et la condamnation de Saadia Mosbah semblent s’inscrire dans une tendance plus large de ciblage des acteurs de la société civile. En tant qu’éminente militante noire et fondatrice d’une organisation antiraciste, ses poursuites ont suscité de vives inquiétudes quant à la criminalisation racialisée des communautés noires et de celles et ceux qui défendent leurs droits. Cette situation a conduit de nombreux observateurs à considérer sa détention comme arbitraire et politiquement motivée.
Le 19 mars 2026, le Tribunal de première instance de Tunis a condamné Saadia Mosbah à huit ans de prison ainsi qu’à une amende de plus de 120 000 dinars tunisiens — soit environ 36 000 euros. Elle a été poursuivie aux côtés de huit autres employés et collaborateurs de Mnemty sur la base d’accusations financières infondées liées à leur travail de défense des droits humains. Les autres membres ont été condamnés à des peines de prison allant d’un à trois ans, à des amendes comprises entre 15 000 et 65 000 dinars tunisiens, ainsi qu’à des sanctions complémentaires, notamment une suspension de cinq ans de leur droit de vote.
Conditions de détention
Tout au long de sa détention provisoire, Saadia Mosbah a signalé des conditions de détention inadéquates. Après avoir passé près de deux ans à la prison pour femmes de La Manouba, elle a été transférée à la prison de Belli, dans le gouvernorat de Nabeul, une autre ville éloignée du lieu de résidence de sa famille, rendant les visites de ses proches et de ses avocats plus difficiles. En septembre et octobre 2025, elle a signalé un accès limité à l’eau potable, des restrictions concernant la réception de livres ainsi que des limitations des visites familiales.
Saadia souffre d’hypertension, de la goutte ainsi que d’autres problèmes de santé et de mobilité. Elle rapporte qu’une gardienne de prison l’a soumise à des insultes racistes répétées et à des moqueries, a empêché l’un de ses rendez-vous médicaux et l’a physiquement agressée en février 2026.
Mobilisation internationale
Plusieurs organisations nationales, internationales et régionales de défense des droits humains ont fermement condamné la détention arbitraire et la condamnation de Saadia Mosbah, notamment Amnesty International, Front Line Defenders, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).
D’autres acteurs, tels que Human Rights Watch, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et CIVICUS, ont exprimé de graves préoccupations, dénonçant ses poursuites comme faisant partie d’une répression plus large visant les migrants, la société civile et les défenseurs des droits humains en Tunisie.
Nos revendications
Nous appelons à:
- La libération immédiate et inconditionnelle de Saadia Mosbah;
- Le respect plein et entier de ses droits fondamentaux, y compris l’accès à des soins de santé adéquats et en temps voulu;
- L’établissement des responsabilités concernant sa détention arbitraire ainsi que tout acte de traitement cruel, inhumain ou dégradant qu’elle aurait subi, ainsi qu’un réexamen juste, indépendant et impartial des procédures judiciaires engagées contre elle et les huit membres de Mnemty;
- L’application de la loi n°50 criminalisant toutes les formes de discrimination et de violence;
- Le respect du droit international des droits humains ainsi que des conventions internationales et régionales protégeant les droits des personnes en mouvement en Tunisie, y compris les migrants, demandeurs d’asile et réfugiés, ainsi que l’obligation de garantir la non-discrimination, la dignité, l’accès à la protection et les garanties contre la détention arbitraire, les expulsions collectives et autres violations des droits humains, conformément aux engagements internationaux de la Tunisie.
Tous les États doivent respecter et faire respecter le droit international des droits humains applicable et garantir la protection des défenseurs des droits humains en toutes circonstances. Les États ont l’obligation de défendre et de protéger les droits de celles et ceux qui œuvrent pour la justice, l’égalité et la dignité humaine.
Saadia Mosbah est une humanitaire et défenseure des droits humains engagée, qui a consacré sa vie au soutien des communautés marginalisées et à la lutte contre les discriminations raciales en Tunisie. Les humanitaires doivent être protégés — partout et en toutes circonstances.